19-20 juillet 2008 - Championnats Canadiens - Mont Ste-Anne

|
par Andréane Lanthier-Nadeau
Et voilà, déjà la course pour laquelle j'ai suivi mon programme, bien mangé et bien dormi. C'est le moment où tous les efforts vont payer. La semaine précédant la course, j'ai été au Mont-Ste-Anne presqu'à tous les jours pour rouler le parcours. Le parcours était vraiment exceptionnel, presque comme la coupe du monde, à l'exception de quelques portions techniques. C'est plaisant de jouer dans la cour des grands! J'ai roulé le parcours une bonne quinzaine de fois et je le connaissais par coeur. C'est plaisant d'avoir les championnats dans la région car nous avons l'avantage de connaître le terrain un peu plus que les filles de l'Ouest ou de l'Ontario qui se sont présentées sur la ligne de départ. Avec un tour de 5,7 km je m'attendais à devoir compléter 3 tours mais j'ai été bien surprise (et contente) de découvrir que j'avais finalement 2 tours à faire. Ça change énormément le déroulement de la course… C'est le gaz au fond du début jusqu'à la fin. Sur la ligne, Lolo (Laurence Harvey) et moi on rencontre enfin les fameuses filles de l'Ouest, on croyait avoir affaire à des bêtes de courses mais finalement on a été moins intimidées que prévu. Les Ontariennes que nous avions déjà croisées lors des coupes Canada étaient toutes présentes. Notre plus grande frayeur était Cayley Brooks, il faut dire que je la regardais de bas avec ses 6 pieds. Mettons que je suis la fille la plus énervée du pays quand le commissaire call "15 secondes" et puis, enfin après une longe attente, GO! (demandez à ma mère si j'avais hâte) Ça part pas si vite, c'est Lolo qui prend les devants, ensuite 2 filles du BC se tapent l'accélération du siècle, une chute et l'autre casse avant d'attaquer la côte qui mène à la célèbre descente des écureuils.
Je prends la tête dans la montée et les ontariennes suivent bien le pace, Lolo est toujours là. J'accélère sur le faux plat en haut (relancer c'est la clé) et je creuse un petit trou. Voilà la descente qui se pointe, suffit de ne pas faire d'erreur et tout ira bien. J'étais vraiment concentrée dans la descente, je ne voulais pas perdre le focus car c'est vraiment la pire erreur à faire dans une partie technique comme les écureuils. C'est après la course que je me suis fait dire que j'ai peut-être un peu ambitionné dans la descente, j'avais un gap d'environ 30 secondes en bas… J'avoue que je me suis fait peur un peu, mais juste assez.
En bas, je reprends mon souffle, parce que ce n'est vraiment pas dans cette descente là qu'on se repose et je me prépare à attaquer LA côte de gazon et LE zigzag de la marmotte. Je réussi à maintenir le petit gap que j'ai creusé et même à prendre quelques secondes, ce qui me surprend un peu car les filles sont normalement beaucoup plus fortes que moi en montée. J'ai vraiment tout donné dans la montée de gazon au premier tour, je ne voulais pas servir de carotte en avant aux autres filles, les zigzag ont fait mal, comme je m'y attendais. C'était vraiment cool dans la montée tout le monde était là et encourageait, vous ne pouvez pas savoir comment ça aide! On redescend complètement en bas (wouhouu), quelques petites montées puis une autre descente. J'ai environ 1 minute, c'est pour vous dire que moi là je suis sur mon bike pis je CAPOTE, je pensais tellement jamais avoir de l'avance, je croyais que ça allais se jouer dans les 5 à 20 secondes pour la victoire. J'ai des frissons dans les jambes en haut des montées, je ne sais pas trop si c'est parce que je suis en avant pis que je capote dans ma tête ou si c'est parce que je force, je me dis juste qu'il ne faut pas que ça vire en crampe. On relance dans toutes les montées, sans exception, jusqu'à la fin. On se fait du fun dans les burns avant de mettre la grosse plate sur le planche. Je prends mon jus au feed, merci à mon incroyable feeder (Jérome Tremblay). Et voilà, on retombe dans la partie qui fait mal, j'ai la chance de me dire que c'est la dernière fois que je monte cette maudite côte, donc j'attaque et je torque en malade mentale jusqu'en haut pour ensuite relancer sur le faux plat montant. Je commence à rattraper les gars et en haut ils accélèrent pour aller dans le bois avant moi, je sais pas, on dirait qu'ils pensent que des filles c'est pas capable de piloter en descente. Non mais franchement! Je les passe juste avant l'écureuil, les deux d'un coup. Merci d'accorder plein respect aux filles dans les descentes. Puis je manque me péter royalement la face dans les écureuils (comme le premier junior homme) mais je réussi à reprendre le contrôle de mon bike.
J'ai du faire 10 à 15 pieds sur une roue, une chance que maman était pas là! Je recommence à respirer rendue en bas. Et le même pattern recommence, je relance dans les montées et je pilote dans les descentes. Sauf que là, ma petite plate est un peu plus utile (on se mentira pas). La côte de gazon fait mal et je me plante dans le zigzag, je dois donc marcher les 3 virages qui me restent. Je décide de marcher à un bon pace mais d'éviter la course pour ne pas me casser les jambes. Et voilà en haut un petit sprint et on rembarque en selle. Sérieusement, un gros MERCI à tout le monde qui était dans la côte, vos encouragements sont appréciés. Il y a de plus en plus de monde, je décide donc de faire une petite session de dépassement avant le technique pour avoir la descente libre. J'arrive en haut de la descente et je pris Dieu de ne pas faire de flat car j'avais flatté à cet endroit en entraînement. Dieu m'a entendu car rendue en bas mon pneu était parfait! Pis là savez-vous qu'est-ce que je vais dire? Une autre montée, ben oui, c'est dans les dernières par contre, donc je relance, encore une fois. J'ai la chance de voir l'avance que j'ai en passant dans la montée, on avait une vue sur la descente, rendue en haut je n'avais pas encore aperçu une coureuse. Remplie d'un délire complet, je m'attaque à la dernière portion du parcours qui est aussi un peu plus facile que la première. La course n'est pas gagnée, je fais attention pour ne pas avoir de bris inutile. Je ne sais pas ce qui me guidait, mais j'ai rarement piloté comme ça dans ma vie… Les petites montées en "S" avant les burns, dernier bout avant la fin et voilà ça y est quasiment. Là là, y s'en passe des affaires dans ma tête, je manque me péter la face dans un burn mais je me reprends, barre la fourche jusqu'à l'arrivée. C'est dans une arrivée déserte que j'ai gagné le championnat Canadien 2008. Ça a même pris une minute à l'annonceur avant de comprendre que j'étais là. C'est aussi dans les bras de ma Maman que j'ai pleuré, ben oui, je suis quétaine de même. C'était dur, mais ça a tellement valu la peine. Bravo à toutes les filles et particulièrement à Lolo. Merci à Félix de m'avoir fait peaker. Merci à Simon de toujours être là. Merci à Doum d'être venu. Merci à la famille St-Laurent pour tous les encouragements et les brownies. Merci à la famille Martin et bravo à Jé. Merci spécial à René Lévesque. Merci à tous les membres du club. Et merci à ma petite Maman de toujours être là pour moi et de m'avoir enduré parler des ontariennes pendant 2 semaines.
|
